N°100. Hommage à Carlo Alberto Dalla Chiesa

Publié le par Falcone

Le 3 septembre 1982, des sicaires envoyés par la "commission" de Palerme dirigée par Toto Riina ont assassiné le préfet Carlo Alberto Dalla Chiesa dont on peut voir la photo à gauche et retrouver une biographie sommaire sur Wikipedia. Les auteurs et le commanditaire mafieux ont été condamnés par la justice ilalienne. Mais comme pour l'assassinat de Giovanni Falcone en 1992 ( N°69. Bon anniversaire Giovanni ), les spécialistes pensent que des personnes extérieures à la mafia ont commandité ce meurtre.
En effet, pourquoi Salvatore Riina aurait-il fait tuer un préfet débarqué à Palerme depuis trois mois? Les thèses s'affrontent. Riina, en guerre contre d'autres familles mafieuses aurait agi pour montrer sa puissance à ses rivaux. Ou alors, les enquêtes et le travail auprès de la population de la part du préfet mettaient en danger l'organisation mafieuse. Ces mobiles sont importants mais ils ne suffisent pas à expliquer la prise d'une telle décision. En réalité, Riina avait déjà presque terminé l'extermination des familles mafieuses rivales. En outre, même si la lutte antimafia du préfet était très efficace, la mafia sicilienne était trop riche et trop puissante à l'époque. Enfin, à l'issu de ce meurtre, la loi sur le délit d'association mafieuse a été voté par le Parlement. De ce point de vue, la mafia n'a rien gagné avec ce meurtre.
Le mobile est éminament politique. Le Général Dalla Chiesa, combattant de la seconde guerre mondiale, avait vaincu le banditisme en 1950. Il connaissait bien la mafia. Il opérait déjà dans les années cinquante à Corleone. Il avait aussi gagné la guerre contre les brigades rouges. Dans le cadre de ses activités, il avait travaillé sur les dossiers les plus sensibles de l'histoire de la première République (1948-1992) :
  • le crash suspect, en 1962, de l'avion d'Enrico Mattei (Président de la compagnie des hydrocarbures),
  • le meurtre du journaliste Mauro de Mauro en 1970 et celui de Mimo Pecorelli en 1979,
  • l'enlèvement et le meurtre du Président de la Démocratie Chrétienne Aldo Moro en 1978,
  • l'implication de la loge clandestine P2 dans la vie politique italienne.
Au cours de ces enquêtes, le Général des carabiniers avait fondé des soupçons à l'encontre de Giulio Andreotti, l'homme fort de la première République italienne (1948-1992). Le 2 avril 1982, le général Dalla Chiesa écrivait au Président de la Réupbilque : " le courant démocrate-chrétien sicilien dont Andreotti est le chef est certainement la famille politique la plus corrompue et la plus proche de la mafia". Le 2 mai, il était nommé préfet de Palerme dans l'improvisation la plus totale et sans aucun moyen. Le 3 septembre, il est assassiné (on peut voir la photo de la scène de crime à droite).
De là à penser que le chef de la mafia sicilienne a rendu un service aux politiciens corrompus en échange de l'impunité, il n'y a qu'un pas.

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