Rizzoli Fabrice
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Le 4 mars 2008, les carabiniers de Monreale (une ville au sud de Palerme habritant une magnifique cathédrale, en photo) ont découvert une fraude de plusieurs millions
d'euros. La combine est simple et connue. Il s'agit de simuler des faux accidents de la route et de « toucher » des indemnités de la part des assurances. Les militaires ont permis aux
magistrats de mettre en examen 60 personnes. Aucune d'entre elles (des médecins et des experts...) n'appartient à une cosca (une famille mafieuse
sicilienne).
Les carabiniers ont écourté leur enquête pour arrêter au plus vite le cerveau de l'arnaque.
En effet, ce dernier était un « cadavre ambulant». Il était menacé de mort par la mafia. L'arnaqueur avait oublié la règle du contrôle du territoire mafieux. Il n'avait pas demandé au
« boss » de la zone l'autorisation de commettre l'escroquerie sur le territoire de la famille mafieuse.
J'imagine ce que les carabiniers ont entendu en écoutant le téléphone du mafieux :
Le boss : "Stu crasto deve morire, (ce crabe -en dialecte sicilien- c'est-à-dire celui qui ne marche pas droit, qui ne respecte pas les règles de la mafia, il doit mourrir »
Décidément, la chance sourit aux audacieux. En France, d'anciens PDG qui ont massacré des entreprises reviennent avec des livres à vendre. Aux Etats-Unis, Madov veut garder sa maison et en Italie, l'Etat de droit sauve les ecrocs d'une mort certaine.
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Cette semaine, la parquet antimafia de Palerme a démantelé un réseau de la "bourgeoisie mafieuse" sicilienne ( arrestation au sein de la bourgeoisie mafieuse ). Une centaine de carabiniers et d'agents de police ont procédé à l'arresation de
politiciens (du centre-droit), de fonctionnaires de la province de Trapani et d'entrepreneurs. Certains chefs d'entreprises sont installés en Campanie et dans le Trentin Haut-Adige, ce qui fait
de la mafia un phénomène italien.
Le 16 décembre 2008, 1 200 agents de police ont procédé à 90 arrestations en Italie à
l'encontre de membres de Cosa nostra (sans l'article défini), la mafia sicilienne. Depuis 9 mois les carabiniers de Monreale (dans la banlieue de Palerme) écoutaient les conversations des «
capi » qui se réunissaient dans des hangars, dans une charcuterie ou à l'hôpital (gallerie de photos et vidéos). Le chefs mafieux tentaient de remettre sur pied la commission provinciale de Palerme. La "cupola" est un organe de
direction collégiale composée des chefs de mandamento. Un mandamento est une circonscription territoriale mafieuse composée par au moins trois cosche (familles
mafieuses sicilennes). Les mafieux siciliens ont l'organisation dans le sang depuis qu'ils ont mis en place, en 1957, l'organisation pyramidale inventée par les mafieux italo-américains. Dans les
années soixante dix et quatre vingt, il existait des commissions de chefs mafieux dans presque toutes les provinces siciliennes. Cependant, la commission mafieuse de Palerme, la
« coupole », a toujours eu un rang hiérarchique supérieur à celles des autres provinces. Depuis l'arrestation de Toto Riina en 1993, la « coupole » ne siégeait plus. Depuis
cette date, Bernardo Provenzano, flanqué de représentants dans toute la Sicile, assurait un leadership diplomatique de Cosa nostra ( N°4. L'arrestation du chef de la mafia : une victoire à point nommé ).
En 2006, après l'arrestation de ce dernier, les magistrats ont évité la guerre entre deux prétendants Nino Rotolo et Salvatore Lo Piccolo, en les arrêtant tous les deux ( N°7. Cosa nostra sicilienne : la succession du " capo dei capi " ). Depuis, les vieux chefs sortis de prison et des jeunes pousses voulaient recréer la commission : « Nous ne devons pas faire comme les Napolitains, chacun pour soi, nous devont trouver l'harmonie ». Les écoutes judiciaires ont permis de connaître les noms des nouveaux « hommes d'honneur » en particulier ceux des cadres de l'organisation qui gèrent les mandamenti de Palerme (Corso Calatafimi, Rocca Mezzo Monreale, Resuttana, Acquasanta, Porta Nuova, Altarello, Pagliarelli, Palermo Centro, Borgo Vecchio, Uditore, Borgo Molara Monreale, San Giuseppe Jato, San Cipirello, San Mauro Castelverde et Termini Imerese)...
Les écoutes font aussi état de l'intérêt de Cosa nostra pour la politique. Les « hommes d'honneur » évoquent leur stratégie visant à soutenir l'élection de " candidat de confiance ".
Ces arrestations amènent à deux remarques.
- A l'échelle de l'organisation, le coeur de la mafia c'est Palerme et son arrière-pays. Les chefs mafieux de Palerme demandaient l'avis à Matteo Messina Denaro, chef de la mafia de Trapani, en vertu de son rapport privilègié avec Toto Riina et aussi de son ancienneté (Matteo Messina Denaro a posé les bombes à Milan, Rome et Florence en 1993). Cependant, à l'étude des écoutes on comprend que Matteo Messina Denaro ne décide pas pour Palerme.
- A l'échelle de l'Italie, on comprend pourquoi le gouvernement en place veut restreindre les écoutes judiciares aux délits punis de plus de 15 ans d'emprisonnement. En effet, de nombreuses condamnations contre la mafia et leurs complices ont été obtenues grâce à des écoutes judiciaires qui mettaient en lumière des détournements d'appels d'offre ou des faits de corruption ; des délits dont la condamnation est de moins de 15 ans... La restriction des écoutes judiciaires n'est qu'une petite partie d'un plan de réformes prévu par le gouvernement de droite, appuyé par des forces vives de l'opposition de gauche, pour affaiblir le pouvoir de la justice en particulier celui des procureurs.
La mafia et une partie de la classe politique italienne ont en commun de vouloir faire disparaître le contrôle de la légalité par la magistrature. Or le contrôle de la légalité est indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie.
Le 18 décembre 2008, la Direction des enquêtes antimafias (DIA) a placé sous séquestre les biens appartenant à l’entrepreneur sicilien Giuseppe Grigoli
(en photo). Originaire de la province de Trapani et surnommé le « roi » des supermarchés, il a été arrêté le 20 décembre 2007. Giuseppe Grigoli est accusé d’être le trésorier du chef de
la mafia de Trapani, Matteo Messina Denaro. Il s’agit du deuxième complice arrêté en un an (Un complice du chef de la mafia
arrêté)
La valeur des biens saisis à Giuseppe Grigoli, 220 immeubles, 123 terrains (60 hectares), un yacht de 25 mètres, avoisinent les 700 millions d’euros. La complicité entre le chef d’entreprise Grigoli et le mafieux Messina Denaro débuta en 1974. A l’époque les revenus de l’entrepreneur s’élevaient à plus de 3 millions de lires. En 2001, ses revenus s’élèvaient à 1 milliard 419 millions 240 000 euros. En 2006, les revenus sont en baisse, seulement 724 000 euros.
Giuseppe Grigoli n’a pas été affilié à l’organisation mafieuse. Il appartient à la bourgeoisie mafieuse (Arrestation au sein de la bourgeoisie mafieuse). Avec l’aide la mafia, il a obtenu le monopole de la distribution agroalimentaire. Il distribue des centaines d’emplois. Les gens redevables deviennent les complices des mafieux, par exemple en assurant la cavale de ceux-ci.
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